L’Éthiopie se dote de son IMDb

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Ne pas confondre avec son grand frère IMDb qui brasse plus de trois millions d’œuvres. EtMDb, l’Ethipian movie database, référence 300 titres et 108 artistes. Ce n’est qu’un début. Créé cet été, le site éthiopien a un slogan prometteur  : « Écrivons ensemble l’histoire de notre cinéma  !  » 

Inutile d’imaginer une armada de webmasters le T-shirt couvert de pop-corn. Seules deux paires de mains s’activent derrière l’écran. Dawit Nida et Eyob Woldegiorgis, 30 et 28 ans, se définissent comme des « fans de cinéma ». Encore étudiants en technologie de l’information, les créateurs espèrent « pouvoir créer une réelle communauté ».

Comme sur IMDb ou Allociné, l’utilisateur de la base de données peut poster une critique, donner une note et participer au classement des meilleures œuvres.

Un cinéma à l’histoire récente

Mais Dawit et Eyob souhaitent qu’il puisse lui aussi suggérer des films, actualiser les sorties. En Éthiopie et partout dans le monde. D’où l’utilisation de l’anglais, et non de l’amharique.

Comme le souligne Dawit, « le cinéma éthiopien est en train d’acquérir une reconnaissance internationale ». L’histoire est très récente. En 2014, le film «  Difret  », inspiré d’une histoire vraie, est réalisé par Zeresenay Berhane et produit par l’actrice américaine Angelina Jolie. Hirut, 14 ans, est kidnappée sur le chemin de l’école par l’homme qui veut l’épouser. Elle réussit à s’échapper en tuant son agresseur. Accusée de meurtre, elle est défendue par une pionnière du droit des femmes en Éthiopie. La tradition ancestrale qui veut que l’homme enlève sa future épouse émeut en Occident. Le film remporte deux prix du public, l’un au festival de cinéma américain indépendant Sundance, l’autre au festival international du film de Berlin.

Quelques mois plus tard, c’est le film «  Lamb  » de Yared Zeleke qui est sélectionné au festival de Cannes 2015 dans la catégorie «  Un certain regard  ». C’est la première fois que l’Éthiopie est représentée sur la Croisette. Les affiches sont placardées dans le métro parisien. Le récit initiatique d’un adolescent qui fuit une famille ancrée dans les traditions pour sauver sa brebis est une réussite.

« Loin des standards internationaux »

« Mais nos films sont en général encore loin des standards internationaux », note Eyob. Pour s’exporter, il faudrait une bien meilleure qualité d’image. Nous sommes persuadés que l’Ethiopie peut se faire connaître au niveau continental d’abord. Le Nigeria, avec son Nollywood, est déjà très connu en Afrique. »

Le cinéma éthiopien est encore loin de devenir une industrie. Aucune école ou université n’enseigne actuellement l’art cinématographique. Créé par le réalisateur éthiopien Abraham Haile Biru en 2009, la Blue Nile Film and Television Academy propose des formations à court-terme aux jeunes. C’est la seule institution de ce genre en Afrique de l’Est.

Autre problème de taille  : la langue. Eyob pointe : « Si déjà nos films, qui sont en amharique, avaient des sous-titres en anglais et des sous-titres de bonne qualité, nous pourrions brasser un plus large public. »

Les Éthiopiens et la diaspora sont de gros consommateurs de films locaux. Mais trouver des informations basiques sur les contenus des films et l’actualité cinématographique est quasi impossible.

Mille films en attente

Dawit soupire :  » Certains films n’ont même pas de titre. Vous voyez sur l’affiche nouveau film éthiopien’ et voilà  ! Imaginez le défi pour savoir qui est tel acteur, qui a réalisé le film, qui l’a produit… Notre travail, c’est de donner une information au spectateur et de mettre en lumière celui qui est derrière la caméra. « 

Pendant des mois, Eyob et Dawit n’ont pas beaucoup vu la lumière du jour : « Nous avons regardé des films en série. On a lu des biographies, regardé des interviews d’artistes. Nous avons fait des recherches, épluché des critiques, trouvé les bandes annonces… Ensuite, il a fallu entrer les données manuellement. Nous en avons 300 en ligne pour l’heure mais un millier sont en attente. « 

Les deux compères ont déjà invité trois critiques professionnels étrangers pour alimenter le site. A long terme, ces « fans de cinéma » espèrent voir défiler des investisseurs en Éthiopie, et participer enfin à l’écriture de l’histoire de « leur » cinéma.

J.B.

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