The Nile Project, la symphonie des peuples

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Ils sont égyptiens, ougandais, burundais, soudanais ou éthiopiens. Percussionnistes, chanteurs ou flûtistes. Tous ont leur style. Tous incarnent une tradition locale. Tous jouent d’un instrument qui n’existe qu’au sein de leurs frontières. Mais ensemble, une fois sur scène, les tonalités se fondent pour créer une composition qui n’est plus nationale, mais nilotique.

Le projet est né en 2011 quand l’ethnomusicologue égyptien Mina Girgis et la chanteuse américano-éthiopienne Meklit Hadero décident de réunir une troupe autour de cette région, comme autour d’un « écosystème ». Pour les créateurs, « si l’on veut que le bassin du Nil évolue durablement, il faut que ses habitants soient interconnectés ».

Et qu’il y a-t-il de plus universel et efficace pour lier les gens ? Hani Bedair, percussionniste égyptien, n’en a jamais douté : « Notre langue, c’est la musique. C’est par le biais de la musique que nous communiquons. Malgré nos différences, on s’est rendu compte de beaucoup de similitudes. Même dans les instruments. En Egypte, on a une sorte de violon traditionnel qu’on appelle rababa. En Ethiopie, vous avez le masinko. Au Soudan, il y a la même chose. Avec ses lunettes enfoncées sur le nez, Hani fixe un point invisible. C’est comme si le Nil, en descendant vers la Méditerranée, avait emporté avec lui les traditions musicales de chaque pays qu’il a traversé. »

« Caravane flottante »

Hani est nostalgique. Il se souvient d’une anecdote. « Un jour, nous devions jouer au Caire. La révolution en Egypte battait encore son plein. Ce jour-là, il y a eu des tensions sur la place Tahrir, des gens ont été tués. Nous sommes tous rentrés à l’hôtel. Certains étaient atterrés, d’autres pleuraient, d’autres rageaient. Mais ensemble nous avons pris la décision d’aller jouer. Pour les gens de la place Tahrir. Nous n’étions pas tous Égyptiens. Mais ce soir-là, nous étions tous des hommes, des peuples du Nil. »

Pour le percussionniste, le projet n’est pas politique en soi. Même s’il adresse un message au gouvernement : « le Nil, c’est de l’eau. L’eau, c’est la vie. Les habitants qui peuplent les rives du Nil sont la vie. » Et la vie continue pour le Nile Project. L’année 2014 aura été l’année de la tournée africaine. « Je me suis sentie à la maison sur chaque scène, se souvient Dina El-Wedidi, l’une des chanteuses. En 2015, nous entamerons une tournée de cinq mois aux États-Unis, dans 28 États. Notre premier album « Aswan » – car c’est à Assouan que nous nous sommes rencontrés – est déjà disponible. Un deuxième devrait suivre, j’espère avant la fin de l’année. Celui-ci s’appellera « Jinja ». C’est une ville ougandaise où nous avons commencé notre tournée d’Afrique de l’Est. »

Mina Girgis s’est dit un jour : « Pourquoi ne pas réunir tous ces musiciens sur un bateau et les faire descendre le Nil comme une caravane flottante. » De Kampala à Alexandrie, quatorze artistes ont traversé cette année cinq pays. Ce soir de février, quand la chanteuse soudanaise Alsarah, « nouvelle star de la pop nubienne », se mêle aux chants arabiques de Dina El-Wedidi et à la voix rocailleuse de Ahmed Said Abuamna, sur les vibrations afrobeat du maître ougandais de la percussion, Lawrence Okello et son homologue kényane Kasiva Mutua, l’amphithéâtre d’Addis Abeba se lève, chante, applaudit et chante encore. Sur les rives du Nil, la « caravane flottante » entraîne dans son flot l’enthousiasme du public.

J.B.

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