Ces belles choses vues depuis l’Enfer

couv« Un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. » Cela fait un bail que Stephanos erre entre deux vies, deux histoires et des milliers de tragédies. Éthiopien d’origine, il fuit la Terreur rouge de Mengistu encore enfant, et rejoint son oncle aux États-Unis. A Washington, il vivote de son épicerie de quartier.

Une fois le rideau baissé, Kenneth le Kenyan et Joseph le Congolais s’attablent avec lui autour d’un whisky bon marché. Les trois acolytes se lancent dans leur jeu préféré. « Bokassa ? République centrafricaine ». Un dictateur, un pays, une date. « Coups d’État, enfants soldats, tout cela faisait partie du même lot de chagrins permanents que nous évoquions sans cesse, afin d’éviter nos propres frustrations causées par la vie. Il était tout simplement inévitable que les deux finissent par se rencontrer. » Car nous sommes toujours plus à l’aise avec les tragédies du monde que les nôtres.

Dans son quartier de Washington, quand les murs ne se délabrent pas, ce sont les habitants qui se font expulser. Jusqu’au jour où vient emménager Judith, une universitaire nourrie par la démocratie et Tocqueville ; et Naomi, sa drôle de fille métisse, âgée de dix ans et bien plus dans la tête. Une rencontre qui décrochera Stéphanos de sa vie en suspension.

Son personnage baigne dans le doute et l’inaction. Dans son roman, Dinaw Mengestu écrit pourtant que dans tout ce fatras, il y a « ces belles choses que porte le ciel »1. Même dans le drame. Même en Enfer.

J.B.

1 Ver tiré du poème l’Enfer de la Divine Comédie de Dante.

Les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengestu, éd. Albin Michel, roman,  2007. Titre original, The Beautiful Things that Heaven Bears.

Biographie. Dinaw Mengestu quitte l’Éthiopie avec sa famille lorsqu’il est âgé de deux ans. Il est élevé à Peoria (Illinois), puis à Washington. Il se lance dans un travail d’archives sur l’époque de la dictature communiste en Éthiopie en interrogeant ses proches. Il devient journaliste pour Rolling Stones et Harper’s, puis écrivain. Il enseigne la littérature à l’université de Georgetown. Les belles choses que porte le ciel (2007) est son premier roman, il a depuis publié Ce qu’on peut lire dans l’air (2010).

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