Marcel essaie de manger avec la main droite

Piqué par l’envie de s’enfiler un petit plat local, à base de sauce pimentée et de bouts de viande, dont il ne sait pas trop si c’est du bœuf ou du cochon, Marcel s’engouffre coûte que coûte dans une guinguette. Une boucherie fait office de devanture. Un panneau vante les bienfaits de la Meta beer : cela suffit à convaincre notre homme.

Comme dans les pays arabes, il est proscrit de manger avec la main gauche.

Comme dans les pays arabes, il est proscrit de manger avec la main gauche.

Dans l’enceinte, un immense patio bardé d’arbres et de parasols à l’effigie de la Meta fait office de salle à manger. Marcel choisit de s’installer sous un arbre. Après dix bonnes minutes d’attente, une serveuse remarque enfin sa présence. Marcel ne parle pas un mot d’amharique, il désigne donc l’assiette de son voisin de devant pour faire comprendre son envie. La mine patibulaire, la serveuse acquiesce et se retire.

Gros dégueulasse

Quelques minutes plus tard, Marcel, les deux pieds dans le plat, s’empiffre de ces délectables « tibs » – morceaux de viande servis sur braise. Il fait plus de bruit qu’un cochon pataugeant dans sa bauge. Si bien que le restaurant entier a cessé toute activité afin d’observer le spectacle.

Ici, on ne mange pas avec des couverts, mais avec les doigts, en s’aidant de l’injera, une galette locale confectionnée à base de teff. Marcel s’en accommode très bien : il n’a jamais compris l’utilité des couverts, si ce n’est celle d’ajouter de la vaisselle à la vaisselle.

Marcel, qui n’a d’yeux que pour sa barbaque et sa pinte de Meta, n’a pas remarqué tous les regards pointés vers lui. Il ne sent pas la gêne ambiante s’installer : pas de bol pour lui, Marcel est gaucher. La serveuse finit par venir lui faire remarquer, un peu gênée, que la main gauche est proscrite pour les choses de bouche.

Marcel ne comprend pas. Par quelque mime bien senti, la serveuse est obligée de lui faire deviner à quoi peut bien servir la main gauche. Or Marcel n’utilise pas sa main gauche à cet effet… Chose qu’il n’arrivera jamais à faire comprendre à la serveuse. Dépité, il essuie ses gros doigts potelés dans son marcel et change de main. L’histoire ne dit pas s’il changera de main pour le reste.

A.G.

© Jean-Marie Guéno

© Jean-Marie Guéno

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